Utilisation des données personnelles : Facebook au pied du mur

Ecrit par ProtégerSonImage le 11 mai 2015
Actualités 0 commentaire
Utilisation des données personnelles : Facebook au pied du mur

Les prochains mois seront décisifs pour Facebook, qui devra faire face à un recours collectif déposé par 25000 usagers, sous la houlette d’un jeune avocat autrichien, Maximilian Schrems. La plainte, déposée devant le tribunal de Vienne, concerne l’utilisation abusive des données personnelles recueillies par le réseau social, ainsi que la transmission d’informations confidentielles à la puissante NSA. Une procédure inédite !

Le 9 avril 2015 marque une étape importante pour tous les défenseurs des libertés individuelles. Le tribunal civil de Vienne a en effet enregistré la plainte la plus importante à ce jour concernant Facebook, le réseau social aux 1,4 milliard d’usagers. Groupant des utilisateurs originaires d’Europe, mais aussi d’Amérique latine, d’Asie et d’Australie, ce collectif s’attaque au site de Mark Zuckerberg et espère amorcer, en cas de succès, un changement de politique de la part de tous les acteurs majeurs du Web pour qui la collecte de données représente une véritable manne financière. Ce recueil massif et systématique d’informations, effectué le plus souvent dans la plus grande opacité, se heurte aux principes définis par le droit européen. Déjà, en 2014, la Cour européenne de justice avait obligé les moteurs de recherche à respecter le « droit à l’oubli » des internautes. Les plaignants espèrent donc que la décision du tribunal de Vienne se montrera bienveillante envers les usagers de Facebook.

1 222 pages le concernant

Cette fronde des utilisateurs est menée par l’avocat Maximilian Schrems qui, malgré ses 27 ans, s’est déjà illustré à de nombreuses reprises pour la défense de la vie privée. A la fin des années 2000, encore étudiant, il effectue une année d’échange à l’université de Santa Clara, en plein cœur de la Silicon Valley. Là, il assiste médusé aux conférences données par les géants du Web et constate leur profond mépris pour toute forme de confidentialité. De retour en Autriche, il s’engage dans un premier combat contre une entreprise de vidéosurveillance dont les caméras, en infraction avec la législation, enregistraient l’espace public. Titulaire d’un compte Facebook, il apprend par hasard que chaque utilisateur peut avoir accès aux informations le concernant. C’est ainsi qu’il reçoit en 2011, après plusieurs relances, un DVD contenant pas moins de 1222 pages en format PDF résumant tous ses échanges sur le réseau social. Surprise : des messages et des photos qu’il avait pourtant supprimés avaient été conservés par la firme de Menlo Park.

Un défenseur des libertés, mais pas un activiste

Ulcéré, Max Schrems décide alors de monter un blog, Europe vs Facebook, qui, en plus de donner la marche à suivre pour chaque utilisateur désireux de récupérer ses données, milite pour une plus grande transparence de la part du réseau social. En parallèle, il initie en 2011 une première plainte en Irlande, qui héberge le siège social de Facebook en Europe. Avec succès, puisque le site s’était vu contraint de clarifier sa politique de protection de la vie privée. Pourtant, Max Schrems ne se considère pas comme un activiste anti-Facebook, y possède toujours un compte et considère le site comme « un outil formidable ». Sa seule préoccupation, en tant que juriste, est le respect le plus élémentaire des lois.

Un jugement attendu avec impatience

Le tribunal de Vienne ne se prononcera pas avant quelques semaines sur la validité du recours, que les avocats de Facebook jugent « irrecevable tant sur la forme que sur le fond ». En cas de victoire, les plaignants pourraient chacun recevoir la somme de 500 euros. Mais plus que les coûts financiers, ce sont les répercussions sur le fonctionnement même de Facebook qui seront scrutées. Le site, dont le modèle économique repose sur la publicité ciblée, devrait en cas de décision défavorable revoir l’intégralité de sa politique de collecte de données. Un effet boule de neige pourrait aussi impacter les nombreux sites qui procèdent de la même manière. C’est un tel cercle vertueux que voudrait engendrer Max Schrems, qui avoue avoir ciblé Facebook pour le seul fait qu’il représente le numéro 1 des réseaux sociaux. Les géants d’Internet scrutent donc avec anxiété cette bataille juridique qui pourrait durer encore de nombreuses années, et que Max Schrems promet de ne pas abandonner avant d’avoir obtenu gain de cause.