Tor, l’anonymat garanti pour le meilleur et pour le pire

Ecrit par Protéger Son Image le 19 février 2014
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Tor, l’anonymat garanti pour le meilleur et pour le pire

L’anonymat sur Internet… Longtemps nous avons cru que cette quête n’était l’apanage que des pirates ou autres fraudeurs. Mais les récentes révélations sur les « écoutes » de la NSA ont sans doute eu pour effet de sensibiliser l’opinion à l’épineux problème de la surveillance du réseau. Car la protection de la vie privée est non seulement un droit, mais aussi une nécessité.

 

Même ceux qui ne se sentent que peu concernés et qui n’ont rien à se reprocher devraient prêter une oreille attentive aux mécanismes régissant actuellement Internet. L’analyse du trafic dans le but de recueillir un maximum d’informations sur les utilisateurs est effective depuis longtemps, et chaque donnée collectée, toute banale qu’elle soit, peut être utilisée à des fins au mieux commerciales, au pire frauduleuses.

 

Des données qui intéressent beaucoup de monde

Régies publicitaires, fournisseurs d’accès trop curieux, gouvernements de plus en plus tatillons et méfiants concernant les données qui transitent sur nos lignes, sans parler d’espionnage industriel, les raisons multiples qui poussent à l’observation de nos échanges nous incitent à une prudence élémentaire. Sans sombrer dans la paranoïa la plus basique, une prise de conscience s’impose donc quant à nos habitudes de connexion.

 

Une protection de plus : TOR

Un bon antivirus, éventuellement couplé à un logiciel « anti-spyware », ne suffit certainement pas à nous protéger. Et même une connexion cryptée, dite en « https », peut révéler beaucoup plus de choses que ce que l‘on croit.

C’est ici qu’intervient TOR, acronyme de « The Onion Router ». L’analogie avec un oignon s’explique par le nombre de « couches » que la communication devra traverser avant de parvenir à son destinataire, ces couches symbolisant les nombreux serveurs mis à disposition pour faire fonctionner le projet. Plus le nombre de serveurs utilisés sera grand, meilleur sera l’anonymat. Il suffit d’imaginer que l’on veut semer quelqu’un en empruntant un maximum d’itinéraires aléatoires, le tout en effaçant ses traces de pas au fur et à mesure.

Concrètement, le contenu de nos connexions sera envoyé vers un serveur, puis vers un autre, le processus étant répété un grand nombre de fois avant d’arriver vers la cible demandée. Il devient donc très vite impossible d’identifier l’ordinateur et le lieu depuis lequel la requête a été formulée. Simple, mais efficace.

 

Des usages de Tor

Utile aux dissidents politiques, le réseau Tor sert aussi aux journalistes présents dans des lieux sensibles, et de manière plus générale à tous ceux désirant contourner les restrictions et autres verrous mis en place par les fournisseurs d’accès ou les gouvernements. Il suffit de regarder une carte des pays restreignant l’usage d’Internet pour comprendre l’utilité d’un tel service. L’utilisation de cet outil sert aussi à des particuliers « lambda » souhaitant tout simplement protéger une vie privée de plus en plus mise à mal. Autres services possibles : l’hébergement de sites dont l’attaque sera rendue plus difficile grâce à leur anonymat, et l’utilisation d’un chat IRC  confidentiel. Mais l’utilisation de Tor permet aussi l’accès à une partie très controversée d’Internet.

 

Le Deep Web, partie immergée de la toile

Les sites indexés par les moteurs de recherche classiques ne représentent en effet que 3 à 10% de ce qui compose Internet. Qu’il s’agisse de raisons techniques liées aux faiblesses des robots d’indexation, ou plus souvent par volonté des administrateurs, une grande partie du contenu du web demeure donc invisible. Hors, l’utilisation de Tor permet justement de donner accès à ces sites par le biais de moteurs de recherche alternatifs. Et comme l’anonymat est garanti, toutes sortes d’activités illégales y fleurissent : trafic d’armes, de drogues, faux-papiers… Et même embauche de tueurs à gage. La monétisation des achats se faisant en Bitcoins, il est donc très difficile pour les autorités de s’attaquer à un tel marché noir. Accusée de faciliter l’accès à cette partie peu recommandable du réseau, la communauté gravitant autour du projet rétorque que Tor n’étant qu’un outil, personne ne saurait être responsable de l’usage qui en est fait.

 

Une installation gratuite, mais une infrastructure coûteuse

Concernant la simple installation de Tor, une solution clé en main est disponible sur le site officiel.Quant au paramétrage du logiciel, il faudra se plonger dans les nombreux tutoriaux disponibles en ligne. Pour le novice, de nombreuses précautions seront à prendre : il faudra se munir d’un bon antivirus, paramétrer méticuleusement le navigateur pour éviter toute présence de cookies, désactiver Javascript, ou encore utiliser un VPN (Réseau Privé Virtuel) pour être sûr de préserver l’anonymat de la connexion. Si le logiciel est gratuit, la flotte de serveurs destinés à faire transiter les informations a, elle, un coût (2 millions de dollars/an pour le développement du projet et le paiement des serveurs). C’est pourquoi les membres du projet lancent fréquemment des appels de fonds, et suggèrent aux utilisateurs une contribution pécuniaire. Le financement se fait aussi par le bais de donateurs, dont le gouvernement américain, qui participe à 60% en raison du soutien à la liberté d’expression et à la recherche scientifique. Il est à noter que l’utilisation de Tor est tout à fait légale.

 

Changer nos habitudes

Mais tout aussi efficace qu’il soit, Tor ne résoudra pas un problème majeur : nos habitudes. Car rien ne sert d’être anonyme si nous devons continuer d’alimenter allègrement en informations personnelles des sites tels que Facebook ou Google, pour ne citer que les principaux. Pour Jérémie Zimmermann, porte-parole et cofondateur de La Quadrature du Net (association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet) et membre du comité de déontologie de l’association Nos Oignons, « Si nous perdons la liberté d’avoir une vie privée, nous perdrons toutes les autres. ».

 

  • Raphael

    Merci pour cet article, ce sujet souligne les paradoxes de la société de l’internet.

  • Arno

    C’est quand même une belle initiative.

  • Martina

    Maintenant en 2016 Tor n’est pas fiable. J’utilise cet outil de cryptage.