Loi sur le renseignement : surfez, vous êtes surveillés

Ecrit par ProtégerSonImage le 18 mai 2015
Vie privée 0 commentaire
Loi sur le renseignement : surfez, vous êtes surveillés

L’Assemblée nationale a voté ce mardi 5 mai la très controversée loi sur le renseignement. Cette loi, préparée en réaction aux attentats de janvier dernier, a pour objectif de lutter contre le terrorisme, mais à quel prix ? Surveillance massive, efficacité contestable, anonymat relatif, les critiques ne manquent pas. Et pourtant, c’est une très large majorité des députés (438 pour, 86 contre et 42 abstentions) qui a adopté cette loi qui pourrait avoir un vrai impact sur notre quotidien.

Le gouvernement a beau multiplier les annonces pour tenter de rassurer, rien n’y fait. La plupart des défenseurs des libertés individuelles et des droits fondamentaux sont inquiets : cette loi sur le renseignement serait liberticide. Ce qui est surtout en cause, ce sont les « boites noires », en référence aux instruments à bord des avions permettant d’enregistrer toutes les données du vol ainsi que les conversations des pilotes. Sans aller jusqu’à espionner les conversations des internautes, ces boites noires seraient en revanche capables d’identifier les personnes ayant un comportement suspect.

Et c’est là que le problème se pose. Comment réussir à identifier un suspect sans surveiller tout le monde ? Et comment faire la différence entre une personne ayant vraiment un comportement « à risque » d’une personne faisant une étude sur les phénomènes terroristes ? Ces boites noires seraient en mesure de faire la part des choses et de faire le tri à l’aide d’algorithmes complexes. Si les instigateurs de la loi en sont convaincus, la plupart des experts en informatique sont de leur côté plus que mitigés.

Un algorithme difficilement concevable

Sans entrer dans une discussion technique, réussir à mettre en œuvre un tel algorithme capable de préserver la sécurité de la France sans empiéter sur les libertés individuelles semble à ce jour très difficilement concevable. Il serait de toutes façons très rapidement contourné par des pirates informatiques souvent particulièrement ingénieux et créatifs.

Si les intentions d’origines semblent louables et même nécessaires (le traumatisme vécu au mois de janvier en France en est la preuve), les contours de la loi semble pour beaucoup d’opposants, bien trop flous. Et si aujourd’hui il s’agit de traquer les djihadistes et terroristes potentiels ou avérés, demain, l’outil pourrait aussi servir à surveiller des manifestants, des opposants à certains projets , comme les zadistes ou les opposants à l’aéroport de Notre-Dame des Landes, sous couvert de sécurité intérieur.

Une loi qui inquiète dans tous les milieux

Mais la loi n’inquiète pas que des militants, elle alarme aussi notamment la CNIL. La commission nationale informatique et libertés a émis plusieurs réserves face à ce projet. Les professionnels du Net, notamment les opérateurs qui devraient installer les fameuses boites noires sur leurs réseaux, y voient aussi un danger qui serait pour eux d’ordre économique. Cette loi facilitant grandement la surveillance pourrait avoir certaines répercussions pour eux et certains envisageraient de déménager à l’étranger.

Concrètement, la loi sur le renseignement ne changera pas le quotidien de tout à chacun. Néanmoins, de nombreux internautes se sont déjà retrouvée, au cours de leurs navigations sur la toile, sur des sites plus ou moins recommandable, à regarder, sans l’avoir vraiment cherché, une vidéo de propagande d’un groupe terroriste. Cela fait-il d’eux une menace? A priori non mais les nouvelles techniques de renseignements pourraient penser le contraire. Cela serait d’autant plus vrai si l’internaute en question a dans son entourage plus ou mois proche une personne identifiée comme suspecte.

Une épée de Damoclès numérique

Seulement, selon la théorie des six degrés de séparation, nous sommes tous à six relations les uns des autres, partout dans le monde. Et avec le développement d’Internet et des réseaux sociaux, nous sommes désormais à quatre relations de chaque être humain. Techniquement, nous sommes donc tous reliés de près ou de loin à des personnes jugées dangereuses. Faut-il alors limiter notre utilisation du Web qui se veut pourtant un espace de liberté ? Faudra-t-il bientôt rendre des comptes sur nos habitudes sur le Web pour ne pas être suspecté de menacer la France et la République.

Mais encore une fois, ces notions sont floues et les contours de la loi ne sont pas clairement définis, et cela renforce les craintes de tous les opposants. Il était nécessaire de réagir après les attentats de janvier, c’est indéniable. Nous voulons tous pouvoir continuer à vivre sans une épée de Damoclès au dessus de la tête lorsque l’on va faire ses courses que ce soit dans un magasin casher, une supérette hallal ou une épicerie asiatique. Mais cela doit-il se faire au détriment de notre libre circulation sur Internet ?

Beaucoup considèrent que cette loi n’a pu être adoptée à l’Assemblée qu’à la suite des attentats contre Charlie Hebdo, le sentiment d’insécurité ayant pris le pas sur la volonté de liberté, mais que dans un contexte différent cette loi n’aurait eu aucune chance de passer. Pourtant, alors que les Etats-Unis sont en train de revenir sur le Patriot Act, la France, berceau de la démocratie et des droits de l’homme vote une loi qui, même au-delà de l’Atlantique, laisse perplexe de nombreux experts !