L’école mobilisée contre la cyber-violence

Ecrit par ProtégerSonImage le 7 février 2015
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L’école mobilisée contre la cyber-violence

Les bagarres dans la cour de l’école ont toujours existé. Le premier de la classe pris comme tête de turc, le petit gros moqué : les jeux de pouvoir commencent dès le plus jeune âge. Mais avec l’usage massif des téléphones mobiles et des réseaux sociaux. Le gouvernement a lancé une campagne de prévention afin de lutter contre cette nouvelle forme de violence par le Net pratiquée et subie par un nombre croissant d’enfants et adolescents.

Ces phénomènes ont pris des formes nouvelles. Et une ampleur sans précédent. “La spécificité de ce harcèlement est son caractère public, augmenté par le Web, qui fonctionne telle une caisse de résonance.” affirme Catherine Blaya, auteur du livre “Les ados dans le cyberspace” dans une entrevue au Monde. Cette cyber-violence peut être ponctuelle ou se transformer en cyber-harcèlement, qui implique la répétition des actes dans la durée. Du détournement de photo, en passant par des sms d’intimidation, des messages de brimade ou d’humiliation, cette violence prend de multiples formes.

L’usage du Net rend hélas la violence plus facile grâce à ce que Catherine Blaya appelle l’”effet cockpit”, une expression héritée de la seconde guerre mondiale. L’agresseur, n’ayant pas de contact direct avec sa victime et les effets de ses actes sur elle, est désinhibé et ose plus. Certains de ces cyber-agresseurs seraient incapables de faire la même chose dans la vie réelle.

42 % des jeunes touchés au moins une fois par an

Les raisons de ces violences sont multiples : vengeance d’un amoureux blessé suite à une rupture, jalousie par rapport au succès d’un camarade, ou à sa popularité….. Certaines filles sont attaquées sur leur apparence physique, or le fait de publier des selfies sur les réseaux sociaux pour valoriser son apparence peut facilement se retourner contre son auteur et devenir source de raillerie.

Un collégien sur cinq serait concerné par cette cyber-violence, selon une enquête du ministère de l’Education nationale. Mais selon Catherine Blaya, c’est plutôt 42 % des jeunes qui seraient touchés au moins une fois par an. Et la majorité des collégiens est concernée si l’on ajoute les témoins au nombre des agresseurs et de victimes.Alors, comment lutter contre ce phénomène nouveau? Et à qui en incombe la tâche : aux parents, aux enseignants ?

Privilégier le dialogue et la formation

Les parents ne sont pas toujours les mieux placés. Ils ont tendance à vouloir tout régler par le contrôle et la limitation de l’accès à Internet. Or une étude montre que si les parents français sont parmi les plus vigilants d’Europe, les jeunes Français restent dans la moyenne des victimes de harcèlement. Par ailleurs cette attitude incite les victimes ou témoins de cyber-agressions à se taire par peur d’être privés d’Internet. Or d’après Catherine Blaya, la solution est au contraire dans le dialogue. L’Observatoire international de la violence à l’école, dont elle est la présidente, a pour mission d’informer et de sensibiliser les familles et les établissements scolaires. Une équipe d’enseignants issus de 18 établissements scolaires est ainsi en cours de formation.

Une démarche qui s’inscrit dans la campagne de prévention lancée en 2013 par Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, avec la création d’un site Internet www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/, la publication d’un “Guide de prévention de la cyberviolence à l’école”, mise en place d’un numéro vert Net Ecoute (0800 200 000). Le gouvernement a également mis en place un partenariat avec l’association e-Enfance, association agréée par le ministère pour ses interventions pédagogiques auprès des élèves dans les établissements scolaires, et qui a notamment pour mission l’éducation des enfants et des adolescents à une bonne pratique d’Internet.

Les enfants comme acteurs de la prévention

Le ministre avait alors insisté sur le rôle de l’école dans la prise en charge de ce phénomène. L’établissement à la légitimité de sanctionner si les pratiques sont en infraction avec le règlement intérieur, et convoquer les parents. Il peut également décider de faire intervenir l’EMS (équipe mobile de sécurité) ou organiser une rencontre avec le psychologue.

Le Comité d’éducation à la santé et à la citoyenneté encourage les établissements à mettre en place des projets interactifs : concours de clips vidéo ou d’affiches, ateliers tout au long de l’année.
Pour Catherine Blaya, le plus efficace est en effet de rendre les enfants acteurs. Les jeux de rôles, les saynètes, les poussent à créer, à réfléchir, à prendre conscience du problème. Afin de mieux s’y préparer, et de pouvoir y répondre. Car aucun d’entre eux n’est à l’abri d’être un jour acteur, victime, ou témoin de cyber-violence.