Jacob Appelbaum : la planète sous surveillance

Ecrit par Protéger Son Image le 21 janvier 2014
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Jacob Appelbaum : la planète sous surveillance

Invité à s’exprimer devant le parlement européen en septembre 2013, Jacob Appelbaum, hacker et militant des logiciels libres, va y exposer un système d’espionnage systématique de la planète. Ce témoignage, qui vient après les révélations de Julian Assange et d’Edward Snowden, confirme l’existence d’un réseau d’écoutes mondiales de grande ampleur. Le constat a de quoi effrayer tant aucune vie privée ne semble à l’abri.

 

C’est devant un parterre d’eurodéputés stupéfaits que Jacob Appelbaum va décrire comment les services secrets américains ont réussi à espionner l’hémicycle européen à partir d’un simple fax. L’anecdote a de quoi inquiéter, mais la situation exposée par Jacob Appelbaum est plus effrayante encore. Pour le jeune hacker à l’allure de golden boy dela City, le monde fait actuellement l’objet d’une surveillance systématique de la part des agences de sécurité. On se souvient que dans le film « la vie des autres » (oscar du meilleur film étranger) un agent dela Stasiest-allemande, espionnait les moindre faits et gestes d’un couple de supposés agents ennemis. Aujourd’hui il ne s’agit plus d’écouter de supposés espions au sein d’un seul état, mais l’ensemble de la population à l’échelle du monde.

 

Dérives sécuritaires

Avant d’intervenir au parlement européen, Jacob Appelbaum s’était déjà illustré de nombreuses fois lors de prises de parole en public. Car ce jeune hacker qui a travaillé notamment avec l’université de Princeton sur la vulnérabilité des certificats numériques, ne cesse de dénoncer les dérives sécuritaires autour d’internet. Son intervention la plus célèbre reste celle de Juillet 2010 lors de la conférence H.O.P.E. Il avait alors pris la parole au nom de Julian Assange, fondateur de Wikileaks. Ce discours, qui appelait à une union de tous les hackers pour défendre un internet démocratique, s’était terminé par le visionnage d’une vidéo intitulée « collateral murder ». Il fera de Jacob Appelbaum une cible privilégiée des agents fédéraux américains. Plusieurs arrestations avec saisie du matériel informatique et téléphonique suivront. Jacob Appelbaum est aussi l’un des principaux initiateurs du réseau TOR (The Onion Router). Ce logiciel gratuit a pour but de rendre anonyme tous les échanges sur le web.

 

600 millions d’appels écoutés chaque jour

Le système que décrit Appelbaum est un vaste réseau de surveillance planétaire où toutes les avancées technologiques deviennent des outils d’espionnage. L’internet et la téléphonie sont utilisés comme arme d’espionnage massif par les agences de sécurité, notammentla NSA(National Security Agency) aux Etats-Unis et le GCHQ (Government Communications Headquarters) au Royaume-Uni. Le Guardian, quotidien britannique, a révélé dernièrement que le GCHQ peut traiter 600 millions de conversations téléphoniques par jour ! Les grands acteurs du web, Facebook, Google, deviennent les partenaires, plus ou moins actifs, des agences de sécurité.

Le moindre gadget électronique peut être retourné contre son utilisateur. Dernier exemple en date, le système de captation d’empreintes digitales de l’I-phone 5S. Cette option, présentée comme une sécurité, a déjà été piratée par des hackers faisant la preuve que les empreintes peuvent être récupérées et utilisées à des fins de surveillance. Et que dire des empreintes vocales archivée dans les ordinateurs des services secrets, permettant d’identifier un individu quel que soit l’appareil utilisé pour ses appels. Ou bien des logiciels de data surveillance, connectés à des drones, pouvant déclencher des assassinats en dehors de tout contrôle.

 

« Médecins du Monde » espionné

Pour Jacob Appelbaum rien ne garantit que le système d’espionnage le plus performant du monde, comme le nomme les agences de sécurité, soit utilisé en respect de la démocratie. Le droit légitime des états à anticiper une agression, est en l’occurrence, pour le jeune hacker, avancé à des fins abusives. Selon Jacob Appelbaum les écoutes ne concerneraient qu’à hauteur de 1 ou 2% des individus potentiellement dangereux.

Rappelons que le Whashington Post vient de révéler l’existence d’une opération d’espionnage de grande ampleur menée par les services secrets américains. Le journal dévoile ainsi que parmi les cibles « terroristes » surveillées, on trouve : l’ONG Médecins du Monde, l’UNICEF, l’Organisation Mondiale dela Santé(OMS) ou le programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD). Lorsque l’on sait qu’au bout de la chaîne, on trouve parfois des actes de coercition bien concrets – arrestation, interrogatoire, emprisonnement, voir assassinat – il y a effectivement de quoi s’interroger. D’autant que tout se déroule en dehors du contrôle des populations et de leurs représentants.

 

L’anonymat comme parade de la démocratie

Pour garantir un internet « démocratique », il existe pourtant une parade, selon Jacob Appelbaum : l’anonymat. Le cryptage, rendant possible des échanges incognitos sur le net, serait ainsi la seule possibilité de pouvoir à nouveau dialoguer, lire un article, donner son avis sans risquer d’être espionner.

Jacobd Appelbaum appelle aussi les gouvernements démocratiques à relayer l’information sur ces systèmes d’écoute. Celle-ci est aujourd’hui principalement portée par les réseaux de hackers militants. Il est vrai qu’une mise au point des états démocratiques permettrait de faire un peu de lumière sur une situation où il est difficile de démêler ce qui relève de l’information et ce qui appartient à un catastrophisme paranoïaque. Au vu des enjeux, il serait temps de ne pas trop tarder.