Internet : quelle image de marque pour les ministres ?

Ecrit par ProtégerSonImage le 17 février 2015
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Internet : quelle image de marque pour les ministres ?

Quelle est, pour l’heure, la web-réputation des politiques ? Comment les moteurs de recherche et les réseaux sociaux traduisent-ils leur action politique ? En analysant les résultats affichés par Google, les comptes Twitter et Facebook des ministres occupant une fonction régalienne, cela permet de faire un état des lieux de leur e-réputation. Rumeurs, info, intox, quelle image Internet renvoie-t-il des principaux membres du gouvernement ?

Affirmer qu’Internet a révolutionné la manière de s’informer relève de nos jours de la banalité la plus plate. Le temps où l’accès au réseau des réseaux n’était réservé qu’à quelques happy few et aux geeks les plus forcenés a cédé la place, depuis plus de dix ans, à une démocratisation massive de ce média où l’actualité ne dort jamais. Les sources d’information traditionnelles telles que la presse écrite, la télévision et la radio, permettaient, par la présence de journalistes professionnels, de constituer autant de garde-fous face à une actualité qui nécessite forcement d’être canalisée. Le choix des sujets, la pertinence d’une mise en accusation ou la révélation d’un scandale étaient mûrement discutés au sein de la rédaction avant d’être portés au public.

Mais Internet a cassé tous les codes, toutes les barrières, et les digues de l’information se sont rompues. Une nouvelle génération de bloggeurs a vu le jour, commentant les paroles et les gestes des personnalités politiques en temps réel, aidés en cela par les capacités vidéo des smartphones. Pas un déplacement de ministre sans que des milliers de photos ne soient prises, et que les cameras soient enclenchées, captant le meilleur… et parfois le pire.

Le cas des ministres français

Faut-il se réjouir de cette situation, ou au contraire s’en affliger ? Certains louent la démocratisation de l’information, remarquant à juste titre que certaines affaires autrefois passées sous silence, grâce à une connivence supposée entre les médias et le pouvoir, auraient aujourd’hui plus de mal à rester invisibles. D’autres voient d’un très mauvais œil le fait que des amateurs puissent avoir la même visibilité que de grands journalistes, et qu’une information non filtrée ou non vérifiée puisse s’étaler à la vitesse d’un clic de souris.

Pour rester dans la course et conserver leur lectorat, nombreux sont les organes d’information à avoir opté pour une transmission plus rapide de l’actualité, au risque d’aborder des sujets qui n’auraient autrefois pas été traités. Si la présidence de Nicolas Sarkozy a offert de nombreux exemples de buzz médiatique, dus aux sorties incontrôlées ou à la maladresse de certains ministres, quelle est, actuellement, la web-réputation des membres du gouvernement ?

A la Défense, Jean-Yves Le Drian

Ministre de la Défense depuis le début du quinquennat de François Hollande, Jean-Yves Le Drian a organisé le retour des troupes françaises d’Afghanistan, géré les interventions au Mali et au Sahel, et rédigé un livre blanc sur le thème de la défense et de la sécurité nationale. Une recherche sur Google renvoie l’image d’un ministre studieux, abordant les sujets du Rafale, de la crise ukrainienne, et commentant sa possible candidature aux élections régionales de décembre 2015. Le même profil d’un homme sérieux et proche de ses dossiers est aussi renvoyé par Twitter.

Laurent Fabius face à l’actualité

Le ministre des Affaires étrangères a été ces dernières semaines fortement sollicité par une actualité internationale riche en enjeux. La présence de Laurent Fabius au cœur de sujets tels que la crise ukrainienne, la lutte contre l’Etat islamique et les évènements de Copenhague a fait l’objet de nombreux articles traités par les sites d’information, et qui apparaissent en premier sur Google. Suivent des liens vers les pages institutionnelles du gouvernement et de la diplomatie, qui permettent d’accéder à l’agenda ainsi qu’à la biographie du ministre. Laurent Fabius, très actif sur la toile, alimente régulièrement ses comptes Twitter et Facebook qui apparaissent en bonne place sur le moteur de recherche. Un lien pointe aussi vers le site officiel du chef de la diplomatie, qui reprend son actualité ainsi que des comptes rendus de ses déplacements.

Christiane Taubira, une ministre qui divise

L’engagement de Christiane Taubira, sa volonté inébranlable et son franc-parler ont contribué à créer un engouement médiatique autour de sa personne, au point d’en faire l’une des cibles privilégiées de l’opposition. Pire, des attaques à caractère raciste ont même vu le jour dans une certaine presse d’extrême-droite. Si, sur Internet, des tribunes parfois violentes s’en prennent à la ministre, aucune d’entre elle n’est relayée en première page de Google. Pourtant, en bas de page, les recherches associées dévoilent quelques rumeurs dont la ministre a été la victime. Ainsi, la recherche « Taubira fils » fait part d’un canular ayant circulé sur la toile et affirmant que le fils de la ministre serait emprisonné pour meurtre. Une autre rumeur fait état d’une amitié avec un dessinateur officiant au journal Minute. Ces deux allégations sont balayées par le très sérieux site Hoaxbuster, dont la spécialité est la dénonciation des calomnies diffusées en ligne. Pour autant, ces affirmations ont durant un certain temps été diffusées via Facebook et Twitter.

Une autre suggestion de recherche de la part de Google, intitulée « Christiane Taubira cancer », conduit étonnamment vers des liens faisant écho aux « révélations » de Philippe Bilger, prétendant que la ministre aurait menti sur son CV. Ces déclarations sont démenties par les sites qui en font mention. Facebook, qui héberge un compte officiel dédié à la ministre, abrite aussi un groupe baptisé « Démission de Christiane Taubira ». Totalisant 3 241 abonnés (contre 111 848 pour la page officielle), la communauté y publie des interviews de Mme Taubira, et relaie quelques théories du complot avec une orthographe pour le moins approximative. A noter, sur Twitter, l’existence, en plus du compte de la ministre, d’un groupe intitulé « Les amis de Taubira » (1 200 abonnés).

Bernard Cazeneuve, une cyber-réputation (presque) parfaite

Ministre de l’Intérieur depuis avril 2014, Bernard Cazeneuve s’est illustré par la mise en place d’une loi anti-terrorisme controversée. Rien ne transparait de cette polémique à travers une recherche sur le nom du ministre. Les liens mènent vers Wikipédia, vers des sites gouvernementaux et journalistiques, ainsi que vers le blog de Bernard Cazeneuve et son compte Twitter. Même les recherches associées paraissent bien sages en comparaison avec celles d’autres ministres.

Michel Sapin, millionnaire en euros

Né en 1952, l’actuel ministre des Finances et des Comptes Publics a déjà une longue carrière derrière lui. Ponctuée de quelques polémiques vites éteintes, mais dont la trace subsiste encore sur le web. L’exemple le plus flagrant concerne sa fortune, puisque le ministre est millionnaire et possède un patrimoine composé de plusieurs biens immobiliers. C’est Google qui suggère la recherche « Michel Sapin patrimoine », mais aussi « Michel Sapin femme », qui amène vers des sites traitant du récent divorce du ministre. On apprend aussi, toujours selon les suggestions de Google, que Michel Sapin a relevé le défi du ice bucket pour un hôpital au Cambodge, qu’il possède un homonyme répondant au nom de Matthieu Sapin, et qu’il s’est fait photographier à bord d’un canot en train de ramer, ce qui n’est pas sans avoir entraîné certains commentaires teintés d’ironie. L’homme politique possède un compte Twitter (pour l’instant vierge de tout commentaire), mais ne voit dans ce réseau social qu’ « imbécillité et appauvrissement ».

Un constat paradoxal

Si les moteurs de recherche ainsi que les sites d’actualité semblent en grande majorité épargner la réputation des gouvernants, une simple suggestion de recherche peut mener aux pires calomnies. Il en va ainsi d’un site internet qui semble s’être fait une spécialité dans les fausses annonces de décès, de mariage secret et d’enfant caché, appliquant la même recette non seulement aux personnalités politiques, mais aussi aux stars du showbiz, et se contentant de remplacer les noms au sein du même article. Si le cyber-paysage politique semble pour l’heure relativement calme, cela ne doit pas faire oublier que certains ministres ont, par le passé, pâti d’une réaction mal interprétée ou d’une déclaration à l’emporte-pièce. Les conseillers en communication semblent en tout cas commencer à en tirer les leçons.