Hoax : pourquoi tant de mensonges sur le web ?

Ecrit par ProtégerSonImage le 26 décembre 2014
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Hoax : pourquoi tant de mensonges sur le web ?

Augmenter son espérance de vie en buvant de la bière, manger des pâtes au doliprane pour éviter la gueule de bois, on trouve toutes sortes d’informations peu ou prou crédibles sur la toile. Quelles sont les motivations de leurs émetteurs et comment différencier le vrai du faux ? Pourquoi diffuser volontairement de fausses informations ? Comment les détecter ? Bienvenue dans l’univers factice du hoax.

« Fort Boyard : Un candidat, oublié dans la cellule d’une épreuve, retrouvé 7 ans plus tard ». Le drame est relayé par le journal en ligne Le Gorafi et l’article devient très vite viral. Les lecteurs commentent massivement l’article sur le site. Certains se demandent comment le candidat a pu se nourrir de racines, comme prétendu dans l’article, alors que le fort se situe au beau milieu de la mer. D’autres crient au complot politico-médiatique ou au coup marketing visant à remonter les audiences de l’émission. Vous l’aurez compris, cet article était en réalité un faux, comme d’ailleurs tous les articles du site qui n’a pas vocation à informer, mais à divertir ses lecteurs.

Juste pour rire…

Le Gorafi, créé d’après le site lui même par un ancien journaliste dyslexique du Figaro est bien entendu un journal humoristique. On y relate l’histoire d’un homme mis en garde à vue pour avoir trop souri dans le métro, ou encore la tragédie de cette famille, restée bloquée sur le tapis roulant d’une gare parisienne. Les articles du Gorafi et de son principal concurrent, le Bilboquet Magazine, font de plus en plus le buzz. Hormis leur aspect chronophage, ils sont à-priori sans danger pour les lecteurs.

Le hoax, un outil marketing

Faire le buzz en racontant n’importe quoi, cela permet de vendre. Certains publicitaires l’ont bien compris. Faire croire que votre publicité pour des sous-vêtements a causé des centaines d’accidents d’automobilistes voyeurs, et laisser les médias s’emparer de l’information, certains appellent cela une escroquerie, d’autres du génie marketing. Dans le cas présent, le mensonge ne porte pas sur le produit, dont il n’est d’ailleurs même pas question, mais sur une histoire amusante et insolite qui plaira aux internautes et aux médias et pourra être relayée très facilement.

Le hoax, une fabrique à bouc-émissaires

Si le hoax (cannular en anglais) peut nous divertir, il peut également se montrer plus dangereux lorsqu’il a pour but de servir une idéologie politique ou religieuse. C’est l’outil de communication favori des mouvements sectaires modernes et des partis extrémistes pour servir sournoisement une idéologie mal acceptée.

Le principe est habile. Plutôt que d’adapter son discours à la réalité, pourquoi ne pas modifier la réalité pour l’adapter à son propre discours ? Inventer de fausses études pour justifier des statistiques purement inventées, prédire avec exactitude la prochaine fin du Monde, mettre à jour des complots fictifs ou encore inventer des faits divers afin pointer du doigt certaines tranches de la population, cela peut paraître effrayant, mais il s’agit d’une pratique courante. La plupart de ces hoax sont relativement anxiogènes, et tentent de chercher des coupables à un problème (politiciens, étrangers, corporations). Dernier hoax de ce type en date : des retraités français auraient détruit leurs passeports et embarqué dans un bateau à la dérive sur les côtes française afin de demander l’asile et une prétendue aide sociale . A y regarder de plus près, la source de cette rumeur, le site radiocockpit.fr, ne diffuse en réalité que des fausses informations, parfois de manière très drôle, d’autres fois dans un humour que seuls les experts en aéronautique peuvent comprendre. Mais cet article, largement relayé sur les réseaux sociaux et totalement détaché de son contexte initial a déclenché des polémiques sur la sensible question de l’immigration, basées sur des informations totalement inventées.

Hoax ou pas hoax ?

Outre les sites spécialisés dans la mise en lumière de hoax, tel que hoaxbuster.com, certains éléments peuvent vous alerter sur la véracité d’un article : Qui en est l’auteur et quels autres articles a-t-il écrit ? A-t-il une légitimité concernant le sujet qu’il traite ? Est il impliqué dans un mouvement idéologique ? Sur quel site cet article est-il publié ? En parcourant les autres articles du même site, vous vous rendrez vite compte du caractère sérieux ou non de celui-ci, et du parti que peuvent prendre les différents rédacteurs.

Le nom du site lui-même peut être un indice important. Ainsi, lorsque le site canadien www.scoop.tumeniaisestu.ca (en français de France, cela donnerait « temoquestudemoi.fr ») annonce qu’une tempête solaire nous plongera dans le noir durant 3 jours, l’information n’est pas à prendre au premier degré.

Lire les commentaires est également un bon moyen de vérifier l’authenticité des informations. Souvent les commentaires alertent sur le caractère fallacieux du hoax, et donnent parfois des références pour le prouver. Attention tout de même aux hoaxs idéologiques, pour lesquels la rédaction des commentaires fait souvent partie de travail de propagande.

Comment lutter contre les dérives ?

Il est parfois difficile de faire la part des choses car certains hoax sont naïvement véhiculés par de grands médias, par paresse journalistique sans doute. Il est de plus du ressort de la liberté d’expression de pouvoir créer des médias subversifs, relayant une information différente de celle des grands groupes. C’est même une condition nécessaire à toute démocratie. Il serait délicat de légiférer sur la véracité et la « publiabilité » des informations disponible sur la toile ou sur tout autre média. Cela serait un affront fait à la liberté d’expression et à la protection des sources journalistiques.