Google fait sa loi sur le mobile

Ecrit par ProtégerSonImage le 29 avril 2015
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Google fait sa loi sur le mobile

Google, cette firme tentaculaire et richissime qui fait la pluie et le beau temps sur Internet, a pour instrument premier de son succès son moteur de recherche, qui détient à lui seul environ 90% des parts de marché en la matière. Aussi, lorsque Google annonce que son système de référencement sera modifié et qu’il sera pénalisant pour les sites n’ayant pas adapté leur contenu aux supports mobiles, c’est toute une partie de la sphère du Web mondial qui tremble.

L’immense pouvoir de Google

Rappelons succinctement comment fonctionne Google et en quoi il est si important d’y être correctement référencé. Lorsqu’un utilisateur lambda effectue une recherche sur le moteur de recherche en question, une série de liens vers différents sites ayant un rapport avec ladite recherche apparait, classés selon un ordre de pertinence ultra-complexe lié à la popularité du site et à d’autres critères. Si votre site apparait dans les premières places de cette liste, beaucoup plus de personnes seront susceptibles d’aller le visiter, ce qui contribuera énormément à son succès et à sa rentabilité.

Google se situant en position de quasi monopole, il est évident que la moindre décision de sa part quant à ce fameux algorithme de classement des sites par rapport à leur pertinence peut avoir des conséquences fantastiques : le simple fait pour un site de passer de la première à la seconde page de la liste des liens proposés après une recherche, peut faire complètement chuter sa fréquentation et en provoquer la fermeture.

On comprend alors l’émoi suscité par cette nouvelle orientation, décidant de rétrograder dans les classements les sites qui ne se seront pas adapté aux supports mobiles. Des critères variés seront inspectés : l’utilisation de certains logiciels au sein du site comme Flashplayer, non reconnus par les téléphones mobiles, la lisibilité sur petit écran sans avoir à zoomer, l’accès à l’ensemble de la page consultée sans devoir faire défiler l’écran, ou encore l’espacement des liens visibles afin que ceux-ci soient plus facilement cliquables. C’est ce que l’on appelle le « responsive design », le fait que le contenu du site s’adapte automatiquement au format de l’écran utilisé (chose primordiale lorsque l’on sait que des dizaines de résolutions différentes existent selon les marques et modèles de mobiles). Il est d’ailleurs possible et très simple de vérifier l’adéquation d’un site avec les critères mobile-friendly de Google, à cette adresse : https://www.google.com/webmasters/tools/mobile-friendly/ . En prenant cette simple décision, Google oblige l’ensemble du net à passer à l’ère du mobile, sous peine de disparition de ses têtes de classement – autant dire de disparition tout court.

Un abus de position dominante ?

Il n’en fallait pas moins pour que l’on commence à parler de « Mobilegeddon », une apocalypse du net actuel due à l’importance grandissante des supports mobile, et que la position privilégiée et sans réel concurrent de la firme de Larry Page et Sergei Brin ne soit à nouveau critiquée. Il est vrai que nous nous trouvons face à la décision unilatérale d’un acteur de modifier son service, modification qui signifie l’extinction de nombre de sites n’ayant rien demandé à personne. Une déplaisante impression de droit de vie et de mort de la part du mastodonte Google s’instaure, et l’on se demande une fois de plus si la toute puissance de ces géants du Net à une limite… La manière n’y est d’ailleurs pas pour rien, la firme n’ayant proposé absolument aucune concertation ni discussion avec quelque acteur extérieur que ce soit. Elle l’a annoncé, elle l’a fait, le 21 avril dernier pour être précis.

L’update était certes annoncé depuis des mois, mais les précisions techniques quant aux critères précis de « mobile-friendliness » ne sont arrivées que très tardivement, mettant tout le monde en demeure de procéder aux changements adéquats en peu de temps. Des changements qui peuvent s’avérer couteux et complexes à gérer, le responsive design étant loin d’être un jeu d’enfant à partir du moment où l’on doit le réaliser pour un site complexe et massif. On aborde alors un autre effet pervers lié à ce nouvel algorithme : si les sites institutionnels, commerciaux, liés à de grosses structures, n’auront aucun mal à franchir ce pas (la plupart l’ont d’ailleurs franchi il y a longtemps déjà), les sites plus modestes, moins rentables, voir pas rentables du tout, comme il en existe des millions sur le Net, seront beaucoup plus touchés. Souvent plus proches de l’artisanat désintéressé ou du hobby exercé sans but lucratif, et comptant sur le trafic de visiteurs dans le seul but de couvrir leurs couts de fonctionnement, une grande quantité de sites parfois d’excellente qualité, et qui ont fait l’histoire du Net et sa singularité par rapport aux médias grand public parfaitement lissés et marketés, seront les premiers à pâtir de ce nouvel algorithme. C’est une grande part de l’identité fondatrice du Net, de son indépendance, qui pourrait se trouver mise à mal.

Une évolution de toute façon inévitable

Dans le même temps, il est difficile de réfuter entièrement le bien-fondé de la démarche de Google : son métier est de fournir à ses utilisateurs les liens les plus pertinents qui soient. C’est la finesse et la subtilité de l’analyse de cette pertinence qui a fait le succès de l’entreprise. Or, la modification en question n’interviendra que pour les recherches effectuées depuis des appareils mobiles. Google porte dans ses gènes le devoir de conduire ses utilisateurs vers les liens les plus pratiques pour eux, à savoir désormais ceux renvoyant vers des sites adaptés à l’appareil qu’ils utilisent. En aucun cas il ne saurait être acceptable pour quelque professionnel que ce soit de dégrader la qualité de son service en raison du retard technologique de certains acteurs extérieurs.

En outre, on ne peut accuser Google de décider unilatéralement de l’avenir du Net. En contraignant le Web à s’adapter aux nouveaux supports, et en générant un écrémage apparemment brutal, la firme ne fait que provoquer ce que l’évolution naturelle du Net et des nouvelles technologies elles-mêmes auraient suscité tôt ou tard. Les utilisateurs sont bien souvent les plus cruels des juges, et ceux-ci auraient abandonné doucement mais surement les sites trop inadaptés à la consultation depuis un smartphone.

Google, ange ou démon ? La question n’est pas nouvelle, et le moteur de recherche le plus utilisé du monde montre bien l’ambivalence que génèrent immanquablement des positions concurrentielles trop disproportionnées : de grands principes techniques normatifs peuvent être élaborés et mis en œuvre, pour une amélioration globale du système et de son efficacité. Mais les acteurs incapables de s’adapter à ladite norme sont très vite éliminés, indépendamment de leur qualité intrinsèque. Reste maintenant à savoir à quel point ces nouveaux critères affecteront le Net, ses aspérités et son efficacité, le changement étant encore très récent. A suivre…