Emeutes : Les e-milices saccagent des e-reputations

Ecrit par Protéger Son Image le 19 août 2011
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Emeutes : Les e-milices saccagent des e-reputations

A l’heure où Londres soigne encore ses plaies, une victime collatérale des émeutes, qui ont frappé la capitale britannique cet été, est l’identité numérique. Appel à témoin de présumés coupables, diffusion des photos des condamnés… Scotland Yard a pris quelques libertés avec les libertés individuelles. Deux mois plus tôt, des émeutes à Vancouver avaient donné le jour à des e-milices attaquant l’e-reputation de leurs cibles. Une version numérique réelle des justices populaires.

Eté 2011. Londres, Birmingham, Liverpool puis Bristol, durant quelques jours l’Angleterre a été la proie de violences urbaines. Sous le regard des caméras du monde entier et du Net, les autorités ont rapidement affiché leur impuissance. Dès les premiers instants, la police londonienne semble dépassée. Elle va trouver son salut sur le Web. Sites de presse, blogs, groupes de réseaux sociaux…. Les plates-formes accueillant les photos des témoins se multiplient.

Avec un léger retard à l’allumage, Scotland Yard récupère les photos des vandales en action. A ce jeu les Smartphones se révèlent des armes redoutables. Les logiciels de reconnaissance faciale mis en place sur certains sites identifient rapidement des centaines d’individus. Avec la même vitesse, les sites appelant les témoins à identifier les visages sont ouverts. La police britannique va même jusqu’à faire circuler des camions avec des écrans géants affichant les visages des pilleurs présumés. Numéro de téléphone spécial et comptes sur les réseaux sociaux multiplient les identifications. On ne parle pas de délation. David Cameron, le premier Ministre, lève plusieurs verrous administratifs et juridiques pour que des procès puissent être immédiatement menés. Scotland Yard embraye le pas : Les noms, les adresses, les dates et les condamnations sont affichés sur les réseaux. Photos en prime. Dans le même temps et toujours grâce à Internet, des milices se montent et s’organisent. Leurs dérapages s’accumulent…

Deux mois plus tôt, de l’autre côté du globe, à Vancouver des e-milices s’étaient encore plus sinistrement illustrées. Le 15 juin 2011, suite à un match de hockey opposant une équipe canadienne à une équipe américaine, des émeutes avaient embrasé la ville. Les autorités avaient lancé une campagne au nom qui claque « Name & Shame ». Des e-milices y ont vu une forme d’autorisation. Des cyber-lynchages ont été organisés. Pris en photo et identifié : Nathan Kotylak, 17 ans, membre de l’équipe nationale de polo a été menacé de mort. Son père a dû fermer son cabinet médical. Sa e-reputation professionnelle a été salie. La famille a dû déménager… Un autre sportif de 20 ans, n’ayant rien commis de répréhensible, mais son identification a déplu à ses sponsors qui ont rompu tous leurs contrats. Fin de carrière. Une étudiante a perdu sa bourse privée. Arrêt des études. Jurys populaires et e-milices un cocktail détonnant.

Maintenant, à froid, quelles analyses peut-on tirer de ces événements ? Précisons d’abord que les atteintes aux libertés individuelles s’apprécient différemment d’un côté et de l’autre de la Manche (et encore plus de l’autre côté de l’Atlantique). Il reste néanmoins évident que ces événements ont mis en lumière les reculs de l’état de droit (aussi bien pour les émeutes, que pour la réponse des autorités). L’exemple de Londres nous démontre, si besoin était, la puissance potentielle des réseaux sociaux pour identifier des inconnus. Celui de Vancouver prouve, en plus, comment les débordements peuvent être faciles.

Maintenant, vous savez !