La cybercriminalité trouve un terrain fertile en Afrique

Ecrit par Protéger Son Image le 15 avril 2014
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La cybercriminalité trouve un terrain fertile en Afrique

Daniel Martin, ancien commissaire de la DST (Direction de la Surveillance du Territoire) et spécialiste des nouvelles technologies, ne cesse de tirer la sonnette d’alarme. Si internet est un formidable outil de connaissance et de business, c’est aussi un terrain rêvé pour les escrocs. « Près de 120 000 personnes, par an, se font voler leur identité sur le net », rappelle-t-il.

8 victimes par seconde

Les chiffres ont d’ailleurs de quoi donner le tournis. Ils sont à l’image de cette gigantesque planète qu’est internet. 65% des internautes auraient ainsi déjà été victime d’un cybercrime, ce qui fait 1,5 millions de victimes par jour, 8 victimes par seconde dans le monde. Au niveau des entreprises, 90% des entreprises américaines ont également été piratée en 2012 (59% d’entre elles reconnaissant qu’elles l’ont été plusieurs fois) et 75% de ces attaques sont financières.

Cette criminalité a un coup. Khoo Boon Hui, chef d’Interpol, a estimé en 2012, le coût de la cybercriminalité à 750 milliards d’euros par an, soit plus que le trafic d’héroïne, de cocaïne et de marijuana confondus. Un business d’autant plus juteux qu’il est difficile à appréhender, à cerner et à traduire en justice…

Un danger pour le développement d’internet en Afrique

Ce que l’on appelle communément la cybercriminalité regroupe toutes les infractions commises au moyen d’un outil informatique, le plus souvent relié à un réseau. Le spectre est large, il va de la cyber attaque en règle contre une entreprise, un pays ou un individu, au vol de données personnelles, aux infractions aux cartes bancaires, à l’incitation à la prostitution, au terrorisme, au blanchiment d’argent, au vol de la propriété intellectuelle… Cette infinie variété de crimes rend la prévention et la répression très difficile. D’autant que la cybercriminalité opère dans un espace virtuel, infini, en développement constant, qui se joue des frontières.

L’Afrique est particulièrement touchée par la cybercriminalité. Ce problème est tellement important qu’il risque de ralentir le développement du business lié à internet sur le continent. Des rapports assez alarmants font de l’Afrique un terreau idéal pour le développement de la délinquance sur Internet. La pauvreté, la croissance rapide des smartphones, le manque de volonté politique, sont les principales causes de cette essor du cybercrime.

Cybers paradis

Les smartphones sont les grands vecteurs de l’utilisation d’Internet en Afrique et leur usage ne fait que croître. 80% des opérations de paiement en ligne se fait en Afrique via un téléphone. Par ailleurs, à côté des problèmes économiques et sociaux rencontrés par le continent, la lutte contre la cybercriminalité n’apparaît pas vraiment comme une priorité aux yeux des gouvernements. Les quelques tentatives, peu nombreuses et toujours isolées, de mise au point d’une législation qui encadrerait ce problème, se sont heurtées au manque de volonté et de moyens mis en place à l’échelle du continent. L’Afrique va devoir miser sur une plus grande coopération policière, aujourd’hui inexistante, pour lutter contre ce fléau qui lui coûte cher. A titre d’exemple, le secteur bancaire kényan aurait perdu 17,5 millions de dollars dans des opérations d’escroqueries en ligne. Une manne que ce pays en développement ne peut s’offrir le luxe de voir s’envoler dans le cyberespace.

Le problème majeur que pose les cybercriminels est la difficulté de lutter contre une délinquance transfrontalière. Même lorsque la police trouve les criminels, les jugements sont difficiles tant les législations sont variées, souvent inopérantes et obsolètes. Ceci donne naissance à un nouveau phénomène : les cybers paradis. Des zones absentes de juridiction en matière d’internet où les criminels peuvent agir en toute impunité. Le continent africain en particulier est en passe devenir l’un de ces jardins d’Éden.